La conception de l'idéal humain

              La puissance divine a toujours eu une importance primordiale dans la vie en société et personnelle de chaque individu. C'est pourquoi le comportement de certains dieux antiques -gréco-romains- est apparu comme étrange. Zeus ne trompe-t-il pas Hera de nombreuses fois ? Hera n'est-elle pas cruelle à l'égard des humains ? Arès et Aphrodite ? Il serait faux et historiocentrique de dire que ces dieux ne possédaient pas les attributs de la perfection humaine. Pour comprendre pourquoi les puissances divines agissent ainsi, il faut prendre en compte le fait que si le dieu est l'idéalisation de l'humain, alors il variera selon cette conception de l'idéal. Dans le cas où un dieu est effectivement une idéalisation humaine. Ainsi, quelle est cette conception ? L'impression est que l'on a opéré un retour en arrière dans l'idéalisation. En effet, pendant l'Antiquité, le héros, l'homme-modèle, est le rusé, le malin, celui doté d'intelligence : Ulysse. Heracles pourrait constituer un contre-exemple, à tort. En effet, s'il se démarque par sa force physique, il échouerait sans sa ruse et sa perspicacité. Ainsi, il est donc compréhensible qu'ils aient des caractères qui nous semblent malhonnêtes. La ruse les légitimise. Cette vision de l'idéal par l'astuce s'est progressivement estompée pour laisser le caractère héroïque aux forts, courageux et braves. Ce qui est paradoxal : l'Homme, en se différenciant de l'animal, est avant tout doté d'intelligence et non de la force, qu'il partage avec les bêtes. Au contraire. Comme le dit Georg Groddeck : "sans ruse l'être humain ne peut absolument rien devenir, elle seule le rend capable d'être un souverain sur terre, ce dont ne le rend pas capable la force". Il y a donc un rejet de l'humanité de l'Homme et une sublimation du caractère bestial intrinsèque à l'Homme. Une espèce de facilité devant l'effort intellectuel, le héros est celui qui se muscle et non celui qui pense. Cela est inquiétant car ce qui passe pour idéal est le fruit des volontés générales d'un peuple, d'une époque et cette volonté-ci se fonde sur la violence bestiale et non intellectuelle. 
De plus, si l'héroïsme par la ruse est refusé car synonyme de malhonnêteté et d'injustice - comme Jacob qui, pour obtenir l'aînesse, attrape le talon de son frère lors de l'accouchement -, il serait utopique de nier la qualité égoïste et donc, injuste, de l'humain. Et, finalement, que cela soit par la ruse ou par la force, cette adulation exprime des vecteurs d'injustice. Dire que l'Homme est né pour être juste est un mépris de la psychologie humaine, dire que l'Homme doit résorber son injustice par la société est plus véritable. Mais le héros est la représentation de ce à quoi l'on inspire, individuellement, son égoïsme est donc naturel. Il est l'image de la volonté de chacun dans la tendance générale et non de l'aspiration sociétale. Seul un état peut créer un héros sociétal - en URSS par exemple - et il n'est que factice. 
Ces conceptions du héros, de l'idéal, se matérialisent dans les actions individuelles du peuple. C'est la limite du héros qui n'est que le miroir grossissant de ce qu'un peuple considère comme qualités. La notion de l'idéal rend bien compte de l'évolution de la vision dans la société de l'Homme. 
                                                                                                                B.

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