Le mensonge à travers deux exemples : le « cas Huzac » et le « cas Balzac »



            Pourquoi mentir ? Question bien générale qui varie en fonction des individus et des situations. Nous pouvons cependant distinguer deux sortes de menteurs : celui qui souhaite fuir la réalité, parce qu’il regrette tel ou tel acte dont il se sent coupable  –à l’instar d’Adam qui commet le premier mensonge en niant avoir mangé du fruit interdit-,  ou celui qui, lassé de se contenter d’utiliser le langage pour transcrire une réalité qui existe indépendamment de lui, est pris de l’envie de créer une nouvelle vérité.
Parmi les myriades de menteurs que l’Humanité a connus, nous nous focaliseront sur deux d’entre eux, particulièrement fieffés : le cas Balzac et le Cas Huzac qui -malgré la parenté phonétique que nous pouvons constater entre leurs  deux noms et la ressemblante apparente de leurs actes- n’ont pas nécessairement une motivation commune. Par ailleurs, il est intéressant de constater que tandis que le premier a été élevé sur le piédestal de la littérature, l’ancien Ministre a subi un véritable lynchage médiatique suite aux révélations de Médiapart. 
Mais toi, lecteur, il est fort possible que tu t’interroges au sujet de la véracité de mes propos ; ne serais-je pas -moi aussi- un menteur ? Car si le fait que Jérôme Cahuzac a menti au sujet de l’existence de ses comptes bancaires à l’étranger semble évident, tu doutes certainement quant à la légitimité de l’accusation à laquelle nous exposons le célèbre romancier. ll nous incombe donc de répondre à la question qu’a certainement suscitée la lecture de ces quelques lignes : (pourquoi) Balzac était-il un menteur ?
     Comme tout romancier, l’auteur de la Comédie Humaine nous berce dans une illusion mensongère. La beauté de la Torpille –qui éveille certainement les fantasmes du lecteur- n’est que le fruit de son imagination, tout comme le suicide de Lucien de Rubempré qui peut faire couler les larmes chez les plus sensibles d’entre nous n’est que pure calomnie, nous faisant perdre de vue la réalité concrète et pragmatique qui s’offre à nous. Mais le mensonge de Balzac transcende cette simple affirmation qui pourrait s’appliquer à n’importe quel romancier.
         Balzac est un menteur, un vrai ! A commencer par son nom. Nous avons la candeur de l’appeler Honoré de Balzac. Mais, mis à part Honoré, aucune de ces lettres de noblesse -que revendiquait tant l’auteur- ne correspond à la réalité. Stefan Zweig ouvre sa biographie sur celui qui « concurrençait le Code civil » en constatant que celui-ci se nomme Honoré Balssa et qu’il a menti en prétendant avoir « le droit incontestable de porter la particule nobiliaire » et en transformant « l’éventualité d’une parenté lointaine avec la vieille souche gauloise des chevaliers de Balzac d’Entraigues » en une certitude. Quelques années plus tard, en 1836, il atteint le paroxysme du mensonge lorsqu’il cache à Madame Hanska sa relation avec la comtesse Guidoboni-Visconti et qu’il fait passer Madame Marbouty travestie en homme pour un de ses amis, Marcel, lors de son voyage à Turin.
Mais chez Balzac, le mensonge résulte d’une nécessité, d’un besoin inhérent à sa vie de roman. Balzac ment par volonté, ce qui le distingue peut-être de Jérôme Cahuzac qui n’a recours au mensonge –acculé par la force des circonstances- qu’en tant que moyen de sauver son image, et non de finalité revendiquée pleinement. Différence qui explique certainement  pourquoi le comportement de ces deux cas n’a pas été perçu de façon similaire. Notre sévérité à l’égard de cette faute dépend sans doute du mobile invoqué, et non du mensonge, qui ne semble pas nous gêner tant que cela en lui-même.
                                                                                                              N.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire